15 mai 2008
Desiderata
Desiderata
Va paisiblement ton chemin à travers le bruit et la hâte
et souviens-toi que le silence est paix.
Autant que faire se peut et sans courber la tête,
sois amis avec tes semblables;
exprime ta vérité calmement et clairement;
écoute les autres même les plus ennuyeux ou les plus ignorants.
Eux aussi ont quelque chose à dire.
Fuis l'homme à la voix haute et autoritaire; il pèche contre l'esprit.
Ne te compare pas aux autres par crainte de devenir vain ou amer
car toujours tu trouveras meilleur ou pire que toi.
Jouis de tes succès mais aussi de tes plans.
Aime ton travail aussi humble soit-il car c'est un bien réel dans un monde incertain.
Sois sage en affaires car le monde est trompeur.
Mais n'ignore pas non plus que vertu il y a,
que beaucoup d'hommes poursuivent un idéal et que l'héroïsme n'est pas chose si rare.
Sois toi-même et surtout ne feins pas l'amitié:
n'aborde pas non plus l'amour avec cynisme
car malgré les vicissitudes et les désenchantements,
il est aussi vivace que l'herbe que tu foules.
Incline-toi devant l'inévitable passage des ans laissant sans regret la jeunesse et ses plaisirs.
Sache que pour être fort tu dois te préparer
mais ne succombe pas aux craintes chimériques qu'engendrent souvent fatigue et solitude.
En deçà d'une sage discipline, sois bon avec toi-même.
Tu es bien fils de l'univers, tout comme les arbres et les étoiles.
Tu y as ta place.
Quoique tu en penses, il est clair que l'univers continue sa marche comme il se doit.
Sois donc en paix avec Dieu, quel qu'il puisse être pour toi;
et quelle que soit ta tâche et tes aspirations dans le bruit et la confusion, garde ton âme en paix.
Malgré les vilenies, les labeurs, les rêves déçus la vie a encore sa beauté.
Sois prudent.
Essaie d'être heureux.
Max Ehrrmann
13 mai 2008
Maman travaille pas... 2e partie
Un deuxième super intéressant, trouvé sur:
http://www.scienceshumaines.com/index.php?lg=fr&id_article=14382
Les femmes travaillent beaucoup plus que les hommes...
Entretien avec Margaret Maruani
De profonds changements ont eu lieu concernant le travail des femmes depuis un demi-siècle. Pouvez-vous rappeler les grandes évolutions et faire le point sur la situation actuelle ?
Il faut préciser que les femmes ont toujours travaillé. Mais leur accès massif au salariat et donc à l'autonomie économique est une grande conquête de la fin du XXe siècle. Aujourd'hui, elles représentent 46 % de la population active, elles étaient 34 % en 1960. L'essentiel de la croissance de l'activité économique depuis cinquante ans en France est dû aux femmes. En 1962, on comptait 6,7 millions de femmes actives pour 12,1 millions aujourd'hui. Dans la même période, les hommes sont passés de 12, 6 millions d'actifs à 14,2 millions.
Second changement : la scolarisation massive des filles depuis les années 1970. A partir de cette date, elles ont rattrapé et dépassé les garçons en termes de réussite scolaire et universitaire. Elles sont plus nombreuses à être bachelières et diplômées de l'université que les jeunes gens. Malgré tout, des inégalités persistent et même se reconstruisent entre hommes et femmes sur le marché du travail. Ces inégalités se lisent en matière de salaires : entre 15 et 25 % de moins pour les femmes (selon les secteurs et la manière de compter). En termes d'accès aux responsabilités, comme l'explique Jacqueline Laufer, le fameux « plafond de verre » existe toujours. Même si le nombre de femmes cadres a beaucoup augmenté, il n'est pas proportionnel à la valeur des diplômes obtenus par les filles. Enfin, le surchômage féminin continue à se manifester : chez les moins de 25 ans par exemple, les chiffres montrent que l'accès au premier emploi est plus difficile pour elles. Les femmes mettent aussi beaucoup plus de temps que les hommes à retrouver un emploi après un licenciement.
Par ailleurs, la fourchette des métiers socialement possibles pour les femmes reste toujours plus restreinte. La concentration des emplois féminins s'est aggravée depuis les années 1980.
En 2002, sur les 31 catégories socioprofessionnelles que distingue l'Insee, 60 % des emplois féminins sont regroupés dans 6 d'entre elles (53 % en 1983) : il s'agit des employées (fonction publique, commerces, etc.), des personnels de services aux particuliers, des institutrices et des professions intermédiaires de la santé (les infirmières par exemple), soit au total 6,5 millions de femmes .
Pourtant, on a l'impression que les femmes investissent de plus en plus les métiers anciennement réservés aux hommes : avocates, journalistes, chercheuses...
Toutes les femmes ne sont pas logées à la même enseigne. Les écarts se sont aussi creusés entre elles. Nombre de diplômées de l'université trouvent des emplois qualifiés anciennement masculins. Ces métiers ? magistrates, professeures, médecins, etc. ? ne se sont d'ailleurs pas dévalorisés en se féminisant.
A l'autre extrémité de l'échelle sociale, cependant, les femmes se retrouvent cantonnées dans le salariat d'exécution, dans ces métiers typiquement féminins du secteur tertiaire ? vendeuses, caissières, aides ménagères... ?, souvent à temps partiel et pour beaucoup en situation de sous-emploi. En France aujourd'hui, les 3 millions de personnes qui travaillent pour un salaire mensuel inférieur au smic sont, à 80 %, des femmes.
On constate que la France est un des pays d'Europe où le taux d'activité féminine est le plus élevé, et en même temps c'est aussi l'un des pays où le taux de fécondité est le plus haut. Comment expliquer ce paradoxe, présent également au Danemark, alors qu'en Allemagne ou en Italie, on retrouve une corrélation inverse (faibles taux d'activité et de fécondité) ?
On observe en effet une volonté chez les Françaises de cumuler vie professionnelle, vie familiale, vie privée... Les études montrent même que, lorsqu'elles sont au chômage, ces jeunes femmes retardent l'arrivée d'un enfant. On découvre aujourd'hui cette corrélation mais, en France, elle existe depuis la féminisation du salariat dans les années 1960. La croissance du taux d'activité féminine a été essentiellement le fait des jeunes mères de famille.
Autre changement important : les femmes ont aujourd'hui des trajectoires professionnelles continues ? comme les hommes ? et n'interrompent plus leur carrière au moment de leur maternité, ce qui n'était pas le cas dans les années 1960. Le taux d'activité des femmes de 25 à 49 ans était alors de 40 % ; il est de 80 % aujourd'hui.
Les Françaises auraient-elles alors une recette miracle pour concilier vie professionnelle et vie familiale ? Un changement dans les rapports hommes-femmes ? Un partage des tâches plus équitable ? Ou alors sont-elles des superwomen qui gèrent allégrement ce que les sociologues ont appelé « la double journée de travail » ?
Sur le partage des tâches, les enquêtes sont assez affligeantes : on a l'impression que rien n'a changé, les femmes assument toujours la très grosse part du travail domestique et de soins aux enfants. Certainement, des choses ? difficilement quantifiables ? ont changé... Mais elles relèvent plutôt des mentalités que des pratiques concrètes ; il est certain que, si l'on ajoute travail professionnel et travail domestique, les femmes travaillent beaucoup plus que les hommes.
11 mai 2008
Maman travaille pas, a trop d'ouvrage!
Une enquête américaine dit que les femmes travaillent en moyenne 95 heures par semaine. Pas 35, pas 40. Non, plus de deux fois la semaine normale d'un travailleur.
Puis, après ça, y en aura toujours pour trouver qu'on est pas assez intéressées au sexe ou que le travail des femmes est moins important que celui des hommes...
Deux articles sur ce sujet (trouvé sur le site de LCN)
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Retour aux fourneaux
Vrai que les Québécois sont plutôt individualistes. Diane Lavallée, curatrice publique du Québec (présidente du Conseil du statut de la femme jusqu’en avril dernier), le remarque aussi. Mais elle défend farouchement le désir des femmes d’avoir à la fois la carrière et les bambins, à leur rythme à elles.
«Les femmes ne veulent pas se lancer dans la parentalité sans avoir assuré leurs arrières financièrement. C’est une attitude responsable.» — Diane lavallée, présidente du conseil du statut de la femme
Quant au fait qu’elles retardent de plus en plus leur première grossesse, Diane Lavallée y voit surtout une marque de sagesse. «Les femmes ne veulent pas se lancer dans la parentalité sans avoir assuré leurs arrières financièrement. C’est une attitude responsable.» Car dans un monde où un couple sur deux éclate longtemps avant les noces d’argent, les femmes ne peuvent compter sur le mariage pour survivre. «Élevées par une génération de féministes, les filles ont bien intégré des valeurs d’autonomie, notamment sur le plan économique, ajoute Diane Lavallée. Elles négocient d’égal à égal dans le couple, de façon à ne plus vivre sous la tutelle d’un mari.»
De toute façon, à l’heure actuelle, peu d’hommes ont envie de jouer les pourvoyeurs uniques, remarque Diane Lamoureux de l’Université Laval. «On vit dans une société de consommation où, à moins d’avoir un emploi très bien rémunéré, il faut deux salaires pour vivre à l’aise.»
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Pas fort, le Québec?
Bref, la décision de mettre au monde des bambins dépend également de motivations personnelles sur lesquelles les mesures de conciliation travail-famille ont peu de prise. «Mais si le Québec avait une politique familiale qui a du bon sens, je suis sûr que les gens feraient plus d’enfants!» croit le Dr Jean Guimond.
«Nos gouvernements ne mettent rien en place pour aider véritablement les parents à prendre soin de leur enfant», estime de son côté la psychologue Marie-Claude Argant-Le Clair. «Le Québec a fait des choix sociaux qui misent plus sur la performance et le travail, ajoute le Dr Jocelyn Bérubé. Si on veut que les Québécoises aient plus d’enfants, et ce dans la période la plus fertile de leur vie, il faut qu’il y ait des politiques sociales qui les y encouragent.»
En janvier 2006, Québec a bonifié le Régime québécois d’assurance parentale, en y ajoutant notamment un congé de paternité. «Mais ce n’est quand même pas suffisant», souligne Monica Dunn, de la Fédération québécoise pour le planning familial.
«Ici, le coût humain que représente le fait d’avoir des enfants est très largement individualisé, affirme Diane Lamoureux. Ce sont les parents qui paient pour presque tout. Pourtant, les enfants représentent une richesse et un bénéfice pour l’ensemble de la société. À ce titre, l’État devrait donc avoir la responsabilité de mettre en place une structure éducative et d’accueil pour les enfants. Or, il y a mieux que le Québec à ce point de vue-là! Notre seule structure universelle de prise en charge des enfants, c’est l’école, qui les accueille à cinq ans. En France, où le taux de fécondité est très élevé pour un pays occidental, l’école commence à deux ans.»
Selon les intervenants interrogés, le système québécois comporte plusieurs lacunes : le manque de places disponibles dans les centres de la petite enfance – surtout pour les enfants de moins de deux ans –, les heures d’ouverture des garderies mal adaptées aux horaires atypiques d’un nombre grandissant de parents, l’absence de structures pour prendre en charge les petits pendant les deux mois de vacances estivales et les heures de classe souvent décalées par rapport aux heures de travail des parents.
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Des sous pour procréer
Pourtant, la politique familiale du Québec compte parmi les plus généreuses au Canada! N’empêche, elle fait figure de parent pauvre à côté du nord de l’Europe, soutient Diane Lavallée. «Dans ces pays, le taux de fécondité est plus important qu’au sud, et pourtant, c’est là où le taux d’emploi des femmes est le plus élevé. C’est en partie dû au fait que le rôle du parent est reconnu socialement. On doit s’inspirer de leurs mesures progressistes [voir Dans la cour du voisin à la page 4].»
Car en effet, au Québec, changer des couches, faire de la purée maison et jouer avec son petit ne sont pas les tâches les plus valorisées qui soient. Dominique Girard, qui tente de mettre sur pied une association québécoise pour les parents au foyer, a elle-même choisi de s’occuper de son fils à temps complet.
«Mettre de côté sa carrière pour se consacrer aux enfants devrait être un choix accepté, dit-elle. On ne devrait pas sentir qu’on vaut moins parce que ça fait quatre ans qu’on est à la maison. Mais les parents au foyer ont le statut d’un enfant : techniquement, sur une déclaration d’impôts, ils sont des dépendants. Ça donne l’impression qu’ils ne font rien. Alors qu’ils travaillent 24 heures sur 24!» En effet, une équipe de spécialistes de la rémunération a déjà calculé qu’une mère (ou un père) au foyer mériterait un salaire de 157 000 $!
L’idée de verser un salaire aux parents qui restent à la maison est d’ailleurs dans l’air du temps, comme en témoigne un sondage mené au printemps 2005 par le magazine L’actualité. Plusieurs lecteurs ont avancé cette solution pour augmenter le taux de natalité au Québec. Par ailleurs, l’Association féminine d’éducation et d’action sociale a abordé la question de la reconnaissance du rôle parental par l’État lors de son 39e congrès, en août dernier. Le gouvernement prêtera-t-il l’oreille à cette suggestion?
Car les temps sont durs pour les parents. Dans ce contexte, on ne s’étonnera pas de voir le nombre d’enfants péricliter. Ni de constater que les couples repoussent aux calendes grecques la naissance d’un premier rejeton. Une situation dramatique aux yeux de Julie Carignan, qui a elle-même réussi l’exploit de mettre au monde trois enfants tout en poursuivant sa carrière.
«Parce qu’on ne veut pas avoir l’air de blâmer les femmes, on est gêné de dire qu’on vit une crise au Québec. Le fait de ne plus faire d’enfants met en danger notre société. Ne serait-ce que par rapport au problème de relève dans les entreprises. C’est un casse-tête pour les employeurs qui approchent de la retraite et qui cherchent des gens pour prendre les rênes de leur compagnie. Nous ne sommes plus assez nombreux pour occuper tous les postes pour faire fonctionner notre société, et dans dix ans, ça va être pire!»
Reste à voir si ces enjeux convaincront les Québécois de se consacrer à l’agréable tâche de concevoir des bébés…
Carrière d’avenir?
Selon une étude de Salary.com, une entreprise spécialisée en gestion salariale, le salaire annuel que devrait mériter un parent à la maison serait de 157 000 $!
Pour en arriver à ce résultat, Salary.com a comparé les tâches d’une maman à la maison avec celles de différents métiers et professions apparentés : infirmière, cuisinière, chauffeuse, éducatrice, gardienne de maison… et même PDG. Pour établir un salaire, les analystes se sont basés sur la rémunération en vigueur aux États-Unis pour chacun de ces métiers ou professions et ont ensuite pondéré en fonction du temps et de l’importance qu’accordait la maman (ou le papa) à la maison à chacune de ces tâches. (É. G.)
06 avril 2008
Tellement tannée
Oui, tellement tannée d'expliquer, de dire, d'écrire.
Tellement tannée de la comédie humaine, le mensonge, les tromperies, le vol érigé en système.
On en est rendus à trouver normal que les gens trichent, mentent et volent. Tant que ce n'est pas nous la victime.
Découragée par bout. Découragée de l'humain.
Parler de réincarnation, parler de Dieu, de spiritualité, de prière... Ce n'est pas la mode.
Non, la mode c'est Paris Hilton, c'est les humoristes vulgaires, c'est le Mensonge érigé en système.
Ma génération a jeté les règles par terre. S'est débarassée de la religion et des diktats moraux et sociaux et a remplacé le tout par le Vide.
On se retrouve avec des jeunes qui se prostituent, se suicident, se droguent.
Nos enfants ont le mal de vivre et on ne fait rien. Non, on écoute Virginie!
On se scandalise pour des Guy Cloutier et on laisse nos filles s'habiller comme des prostituées...
J'en ai marre.
Des fois, je me dis que je serais bien dans une cabane en bois rond, toute seule dans le bois.
Tannée de l'humanité inhumaine, centrée sur son petit nombril et qui recule au lieu d'avancer!
Bon. J'arrête, je vais souper. Faut bien nourrir ce corps qui s'obstine à vivre.!
16 mars 2008
Un lien à voir absolument.
http://www.mediafire.com/?9mf5ntd15tx
Une neurologue centenaire passionnée par la vie et qui devient mon exemple de vie! Bravo.
Poème de Cécile Chabot
L'appel du nord
Jusqu'oû donc allez-vous, âpres forêts du Nord
Dans votre chevauchée à travers les nuages?
Et sur quel horizon dont je ne vois le bord
Arrêtez-vous l'élan de vos lointains voyages?
Malgré les durs chemins écorchant mes talons,
Malgré le roc brutal mordant en ma poitrine,
De ravins en ravins, de vallons en vallons,
Vers vous je suis montée et vers vous je m'incline.
Et j'ai le désir fou de vous suivre dans vos bras,
Cette route sauvage, innombrable et diverse,
Menant au pays neuf que je ne connais pas.
Ce rêve de partir me laboure et me herse
Comme un soc de charrue allant au coeur du sol;
Il fait jaillir en moi des puissances nouvelles
Et je voudrais m'enfuir cachée en votre vol,
Puisque vous m'appelez et puisque j'ai des ailes
Cécile Chabot
L'Annonciation 1907 - Outremont 1990
La poésie de Cécile Chabot, d'abord toute classque, chante la nature, l'appel du Nord, la mélancolie; ensuite le vers religieux et naïf, ramassé, scandé exprime la joie de vivre. Née à l'Annonciation..., elle fait des études à l'École des Arts et Métiers, puis à l'École des Beaux-Arts de Montréal. Son oeuvre picturale révèle une grande coloriste. Chaque exemplaire de son premier recueil, Vitrail, paru en 1939, est illustré de monotypes originaux; c,est le premier livre d'artiste de notre littérature. Son second recueil n'est publié qu'en 1976. Des textes choisis de son oeuvre sont publiés en 1983.
01 mars 2008
J'erre
J'erre
Je ne vous suis plus
Je ne vous suis plus dévoué
Je ne vous suis plus fidèle
J'erre à ma guise enfin
Hors des sentiers bénis.
J'erre aux confins de ma vie.
J'aime aussi
Comme je n'ai jamais aimé
La ligne courbe du destin
Le silence des puits.
J'erre
Malgré tout ce que je dis
Entre le début et la fin
Entre vos mains tendues
Et vos yeux qui se ferment sous le poids de minuit
J'erre
Parmi mes oiseaux favoris
Les herbes fines qui se lèvent
Au jour dit.
J'erre
Parmi les pauvres ormes
Et les pins dégarnis
Sans voir le sapin qui jaunit.
J'erre parmi mes amis les meilleurs
Que pourtant je tiens pour vigies
Mais j'erre
J'erre toujours entre vos dires
J'erre pour ne pas mourir.
Roland Giguère
Montréal 1929 - Montréal 2003
22 février 2008
Mon poème préféré: L'Alouette en colère
J'ai un fils enragé
Il ne croit ni à Dieu ni à diable ni à moi
J'ai un fils écrasé
Par les temples à finance oû il ne peut entrer
Et par ceux des paroles d'oû il ne peut sortir.
J'ai un fils dépouillé
Comme le fut son père porteur d'eau
Scieur de bois locataire et chômeur dans son propre pays
Il ne lui reste plus qu'la belle vue sur le fleuve
Et sa langue maternelle qu'on ne reconnaît pas.
J'ai un fils révolté un fils humilié
Un fils qui demain sera un assassin
Alors moi j'ai eu peur et j'ai crié
A l'aide au secours quelqu'un
Le gros voisin d'en face est accouru Armé grossier étranger
Pour abattre mon fils une bonne fois pour toutes
Et lui casser les reins et le dos
Et la tête et le bec et les ailes alouette
Ah! Mon fils est en prison
Et moi je sens en moi
Dans le tréfonds de moi
Pour la première fois
Malgré moi malgré moi
Entre la chair et l'os
S'installer la colère.
Félix Leclerc
La Tuque 1914 - Ile d'Orléans 1988
La chanson doit tout à Félix leclerc: sa poésie, ainsi présentait-il ses textes, tout imprégnée de la nature, des gens simples, de la quotidienneté, tintée de nostalgie, de rêve, voire de révolte, marque toute la culture.
Dès 1939, il interprète sa première chanson, mais ce n'est qu'en 1950, à la suite de son concert à Paris, qu'il acquiert ce statut de grande vedette internationale. Né à La Tuque, il fait ses humanités à Ottawa, puis devient annonceur radiophonique, comédien, auteur dramatique, membre des Compagnons de Saint-Laurent.
Dès 1943, il publie ses premiers livres plutôt moralisateurs, mièvres, alors que ses poèmes mis en musique échappent à ces ornières*
Son théâtre ét ses romans ne retiennent guère l'attention**, alors que son apport à la chanson française le consacre comme l'un des grands paroliers-interprètes. Son nom est pour toujours rattaché à l'Ile d'Orléans oû il a vécu à son retour de France.
(Pour ma part, je ne suis absolument pas d'accord avec les affirmations plus hauts disant que les romans de Félix sont plates, ennuyeux, mièvres etc. Je me souviens de Pieds nus dans l'aube et du Fou de l'Ile et ce sont de très bons livres, bien écrits!)
21 février 2008
Maurice Beaulieu, poète
Maurice Beaulieu,
Ottawa 1924 à 1992
La langue de Maurice Beaulieu est épurée, mordante, sinueuse, surréaliste pour palper la nature, défier son destin et apprivoiser la terre. Né à Ottawa, fier de ses racines amérindiennes, il étudie dans la région d'Ottawa. Il est tour à tour journaliste au Droit et réalisateur à Radio-Canada, avant de devenir fonctionnaire à la direction de l'Office de la langue française du Québec, puis conseiller linguistique dans divers ministères à Québec, sa ville d'adoption. Il a publié A glaise fendre en 1957 et l'année suivante, Il fait clair de glaise. A sa mort, il préparait une rétrospective restée inédite.
J'étrenne le réel
Coutrier de mes mains
L'ouvrée de ma révolte
Et l'enrue de ma glaise
Je nomme joie
Ma saison
Don de clarté à soudre mort et froid
Abas de plénitude à genèse de moi
Je suis le souffrir de notre solitude
La joie de notre plénitude
Je suis le pain crû de cru
Ma douleur ma joie: ma toute-raison
Le futur aujourd'hui, ma saison
Ma faim criée, donnée
Je suis
De toute ma glaise amérindienne
Et future
Les arbres font cortège à ma joie
Je sens vivre les pierres
Je sens même la toundra s'accoder à ma joie.
J'étrenne le réel.
16 février 2008
Rina Lasnier, poétesse québécoise
Amour de rien
Fille de rien, pigeonne d'escalier,
fille de filasse à cheveux d'ortie;
garçon de rien, jeunesse ébouriffée
aux querelles d'opéra des balcons d'été.
Amours de ruelle à la marge des cités,
le temps n'a point le temps de roucouler;
à la proue des seins navigue le marié,
n'amasse rien sauf quatre roses de mains.
Une laize de ciel pend aux clôtures,
un drap lessivé virevolte sur la mariée; 
elle n'a pas d'anneau pour nouer l'avenir, nul boisseau sur la lampe des yeux.
Le temps qui épouse la dernière ombre
ne les trouble point de pitié,
le temps de rien, le temps fidèle
les asseoit dans la régence de l'herbe.
(Rina Lasnier, poétesse)
(Les poètes disparus du Qébec 1827-2007)
Auteur: Rina Lasnier, Saint-Grégoire 1910 - Saint-Jean-sur-Richelieu, 1997
Dans ses premiers recueils, le lyrisme tout religieux renouvelle le genre: "Le baiser" dans Chant de la montée en est un exemple éblouissant. Sa poésie devient plus hermétique, intense, sensuelle et spirituelle. Son paysage intérieur reflète la terre québécoise tout comme l'éternelle confrontation entre la vie et la mort. Prolifique, de la cinquantaine d'oeuvres publiées, plus de la moitié l'est en poésie. Célébrée, récompensée, honorée, Rina Lasnier a été membre fondatrice de multiples organismes et associations. Née à Saint-Grégoire (Iberville) en 1910, elle fait des études en littérature française et anglaise, ainsi qu'en bibliothéconomie à l'Université de Montréal. Longtemps citoyenne de Joliette, elle retourne à sa retraite dans le pays de son enfance. Son oeuvre a fait l'objet de multiples études et anthologies.



